Dimanche 30 septembre 2007
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Je laisse à votre appréciation une interview que j'avais accordée au Figaro en mars 2003, quelques jours seulement après le déclenchement de la
guerre en Irak. Beaucoup comprenderont, je l'espère, avec du recul et en lisant mes arguments, pour quelles raisons j'étais personnellement farouchement opposé à cette guerre et pour quelles
raisons j'avais, à l'époque, salué la position de Jacques Chirac, alors Président de la République et celle de la diplomatie française.
Mohamed Sifaoui : «Ils souhaitaient cette guerre de tout cœur»
Journaliste algérien, réfugié politique en France, Mohamed Sifaoui est l'auteur de Mes frères assassins (éditions du Cherche-Midi), un ouvrage qui lui vaut aujourd'hui d'être menacé et dans
lequel il décrit sa plongée, entre octobre 2002 et janvier 2003, dans un réseau islamiste familier d'une des mosquées radicales parisiennes. Un établissement agité par les débats sur la crise
irakienne et la lutte contre les Etats-Unis.

Propos recueillis par J. C.
[29 mars 2003]

LE FIGARO. – La mosquée Omar, située rue Jean-Pierre-Timbaud dans le XIe arrondissement à Paris, était l'un des bastions islamistes que vous avez côtoyés quatre mois
durant. De quelle nature y étaient les prêches?
Mohamed SIFAOUI. – Cette mosquée est contrôlée par un mouvement fondamentaliste d'origine indienne, le Tabligh, mais les salafistes (NDLR: tenants du
salafisme, doctrine anti-occidentale dont se réclament plusieurs groupes terroristes algériens) s'y sont imposés. Les prêches en arabe qu'on y entend sont en totale contradiction avec les
principes républicains. Ils prônent la haine de l'Occident sur fond d'exaltation des terres de djihad comme le Cachemire, la Tchétchénie ou l'Afghanistan. J'ai aussi assisté à des envolées
lyriques, sans projets précis, reprenant le but constant des salafistes: attaquer en priorité et partout où ils se trouvent les intérêts américains et juifs. Tous ces hommes sont naturellement
plus discrets sur le sort qu'ils réservent à la France...
Quand vos «amis» ont-ils évoqué pour la première fois la crise irakienne?
C'était pendant le ramadan, autour de la fin novembre 2002. Ils m'ont affirmé qu'ils souhaitaient de tout cœur cette guerre entre
Américains et Irakiens. Selon eux, le conflit entre musulmans et non-musulmans ne devait jamais s'arrêter et il était plus important de provoquer des guerres plutôt que de laisser s'installer une
fausse paix, celle-ci n'étant pas possible avec «les mécréants». Leur espoir est clair: après avoir perdu une base aussi importante que l'Afghanistan où ils disposaient de camps d'entraînement et
de centres de formation idéologique, ils espèrent que les autorités américaines vont leur ouvrir un nouveau front qui les aidera à endoctriner des jeunes, en France par exemple, en leur
expliquant qu'il s'agit d'une guerre de religion.
La France était-elle saluée pour ses prises de position contre la guerre?
Pour eux, la position française ne change pas grand-chose. Ils considèrent que la France défend des intérêts géostratégiques mais
qu'elle reste hostile aux musulmans. Dans nos conversations, il était clairement indiqué que la France reste un pays ennemi, d'abord et avant tout parce qu'elle mène une lutte antiterroriste
marquée par le démantèlement de réseaux terroristes et par des arrestations en chaîne.
Avez-vous entendu dire que la France serait épargnée par les attaques terroristes en raison de son engagement?
Au cours de mon immersion dans le monde du salafisme parisien et banlieusard, j'ai observé qu'un grand débat agitait ces hommes. Un
premier courant regroupe ceux qui suivent les yeux fermés les directives supposées et la stratégie d'un Oussama Ben Laden. Pour eux, le dogme commande de frapper la France mécréante qui lutte
contre le terrorisme et s'allie au pouvoir algérien. Pour le second courant, et toujours selon le dogme mais interprété différemment, il n'est pas permis de cibler la France parce qu'elle reste
une base de repli pour les structures islamistes non opérationnelles. La France a une politique d'accueil et il faut donc la préserver afin de ne pas mettre dans l'embarras la communauté
musulmane. Il est clair que la position française a renforcé le second courant au détriment du premier...
Par mohamed sifaoui
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Publié dans : mohamed-sifaoui
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