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Mercredi 25 juin 2008
« Ce sera fantastique ! », c'est l'exclamation triomphaliste lancée par Jean-François Copé durant l'interview qu'il a accordée au JT de 20 heures de France 2. Il parlait notamment de la décision présidentielle qui fixe les nouvelles modalités de nomination du Président de France télévision. Ainsi, le successeur de Patrick de Carolis sera-t-il désigné directement par l'Élysée. Les nouvelles règles - qui devront être soumises aux députés d'ici la rentrée - prévoient certes quelques « garde-fous » puisque la décision présidentielle devra être approuvée par les 3/5e des députés et par le CSA, n'empêche je perçois cette nouvelle trouvaille comme une régression démocratique et une tentative de domestication de la presse.
Il y a une semaine, en passant par la place de la Bourse à Paris, j'ai été frappé par la banderole qui orne la façade de l'immeuble de l'AFP, l'agence France presse. Il y est écrit : « AFP menacée, presse bâillonnée, liberté en danger ». Cela faisait dix ans que je n'avais pas vu un tel écriteau. La dernière fois, c'était en Algérie lorsque le pouvoir, comme à son accoutumée, tentait une énième fois de mettre au pas les médias privés. Je suis surpris par la passivité de l'opinion, des intellectuels et des journalistes eux-mêmes. Comment peut-on accepter de voir une telle banderole sans réagir ? Comment peut-on l'accepter dans le pays qui se veut celui des droits de l'Homme et des libertés, dans le pays de Jaurès et de Voltaire, dans le pays de Sartre et de Hugo, dans le pays des donneurs de leçons et des gardiens de la morale républicaine ? Comment peut-on l'accepter dans un pays sensé accueillir tous les opprimés de la Terre, les journalistes persécutés et les femmes harcelées ?

De deux choses l'une : ou bien les journalistes de l'AFP sont complètement cinglés et développent une paranoïa collective à l'égard du pouvoir en place et de la majorité, auquel cas il faudra les interner ou alors ils sentent réellement une main mise sur leur agence et leur révolte doit être soutenue par l'opinion et l'ensemble des journalistes, des intellectuels et des membres de la société civile. Connaissant l'esprit et le professionnalisme qui animent les confrères de l'AFP, je sais que ce ne sont pas des excités qui font dans une sorte de propagande gauchiste.

Le Président de France Télévision sera donc nommé désormais par l'Élysée. Retour à la case départ avec une marche arrière de vingt-six années. Le patron des chaînes publiques sera incontestablement aux ordres puisque son patron sera le chef de l'État, l'exécutif. C'est lui qui le nommera, donc c'est lui qui pourra le virer. Comment pourrait-on nous rassurer et nous dire de ne pas nous inquiéter ? Lorsqu'on sait que le téléphone du PDG de France Télévision sonne aujourd'hui pour un petit commentaire jugé « déplacé » ou pour une petite phrase qui aurait déplu, l'on peut imaginer l'épée de Damoclès qui sera sur la tête du successeur de Patrick de Carolis. Quand on sait le niveau atteint par l'autocensure aujourd'hui et les liens dangereux qu'entretiennent certains "grands" journalistes avec le monde politique, quand on connaît la connivence ambiante et le nombre des courtisans, je pense que nous sommes légitimes à formuler quelques inquiétudes.
Nicolas Sarkozy, je le sens depuis longtemps, veut une presse contrôlable. Elle l'est en partie aujourd'hui. Entre les chaînes appartenant aux amis, les groupes de presse appartenant au « frère » Lagardère, les Échos appartenant au Groupe Arnault et dirigés par Nicolas Beytout, Le Figaro, filiale du groupe Dassault, et dirigé par Étienne Mougeotte, Libération se sentant obligé de faire dans la courtisanerie à l'égard de Carla Bruni pour réaliser quelques ventes supplémentaires et si à tout cela il faut rajouter le contrôle les radios et les télévisions publiques, beaucoup de journalistes - dont moi - devront se reconvertir soit dans la confection ou alors dans la maroquinerie ou alors demander l'asile politique à Mugabé. Au moins là-bas, le président est désigné clairement comme un dictateur, ce qu'il est, alors qu'ici d'aucuns diront que le chef de l'État français est un grand démocrate, ce qu'il n'est pas. Et comme il est difficile de se rebeller contre un démocrate, même qui ne l'est pas, nous sommes peut-être obligés d'aller vers la confection ou la maroquinerie ou alors demander l'asile politique à Mugabé. Mais ne vous inquiétez pas, tout cela sera fantastique puisque vous l'avez voulu à 53%.
Par mohamed sifaoui - Publié dans : mohamed-sifaoui
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