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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 14:20

Il était inconnu sur la scène internationale avant les élections israéliennes, le voilà donc sorti du néant pour montrer un visage hideux d'une extrême droite dont le discours n'a rien à envier à celui des extrémistes skinheads qui écument l'Europe de l'Est. Vous l'aurez compris, je parle d'Avigdor Lieberman et de son parti ultranationaliste.

Nourri longtemps à la mamelle du Likoud, Lieberman et son populisme représentent, à mes yeux, l'autre danger qui guette Israël. Et je pense sincèrement qu'il est dix, cent, mille fois plus dangereux, pour l'avenir de son pays, que les deux millions d'arabes israéliens réunis.

Pourquoi ? Primo, son discours entache, sur la scène internationale, l'image d'un pays déjà très éprouvé par la propagande islamo-fasciste du Hamas et de ses alliés. Secundo. Il donne à ceux qu'il prétend combattre les arguments nécessaires qui leur feront dire qu'Israël serait, en définitif, un État extrémiste et xénophobe. Tertio. Il alimente déjà tous les antisémites, tous les intégristes qui s'engouffrent dans la moindre faille pour laisser libre court à leurs idées nauséabondes sous prétexte qu'ils ne font que répondre à Lieberman.

L'ancien videur de boîte de nuit est devenu, l'espace d'une élection, faiseur de roi et au centre de la politique israélienne. La gauche a raison de voir en lui ce « fasciste » qui fait peur aux arabes israéliens mais aussi à une bonne partie de l'opinion publique internationale. Mais en réalité, ce qui est arrivé en Israël est semblable à ce qui s'est passé en France en 2002, lorsque Le Pen est arrivé en second tour. Mais la comparaison s'arrête là. Hormis les cris de quelques intellectuels et de quelques médias, à part les craintes formulées ouvertement par une partie de la gauche, la société civile israélienne est restée très muette devant la honte qui vient de se produire et qui va certainement se matérialiser par l'entrée au gouvernement de quelques cadres d'Israël Beteinou, la formation politique de Lieberman. Ce parti est entrain de faire perdre son âme à Israël et aux principes fondateurs du sionisme. Et le silence aussi bien, celui des Israéliens que celui des associations communautaires juives de France et d'ailleurs, est inquiétant.

Inquiétant parce que l'acceptation d'un Lieberman dans le gouvernement ne manquera pas de fragiliser les camps de la paix. Inquiétant aussi parce que les associations communautaires juives doivent sortir de cet esprit de connivence malsaine à l'égard d'Israël. Je serai toujours le premier à les soutenir lorsque cet État auquel ils sont, légitimement, si attachés est injustement attaqué, je serai le premier à dénoncer l'antisémitisme lorsqu'il s'exprime mais je ne serai jamais silencieux face à des déclarations racistes tenues par un homme politique israélien et je serai le premier à réclamer, et de la société israélienne et des associations communautaires juives européennes, un positionnement clair devant l'innommable. Leur silence m'inquiète et m'incite à dire que la complaisance de certains ne risque pas, loin s'en faut, de servir Israël.

Avigdor Lieberman puise son électorat auprès des russophones dont la majorité a été bercé par les bras des extrêmes droites caucasiennes. Ils représentent aujourd'hui 15% de la population israélienne et restent, disons-le sans tabou, les principaux importateurs de la plupart des fléaux qui traversent la société israélienne. Présence d'une mafia russe très active, trafic de drogue, malversations financières - Lieberman lui-même fait d'ailleurs l'objet d'une enquête - proxénétisme et...idées nazis sont le fait de beaucoup d'israéliens d'origine caucasienne qui, en même temps, ont construit un véritable courant d'extrême droite qui risque de devenir, dans les années à venir, l'une des premières forces politiques du pays si ce n'est la première.

Le problème avec beaucoup de ces russophones, c'est qu'ils sont aussi juifs que je suis curé. D'ailleurs, et selon les propres chiffres du ministère israélien de l'intégration, sur un peu plus d'un million d'immigrants venant de la région du Caucase depuis le début des années 1990, plus de 300.000 n'étaient pas juifs. Pourquoi alors bénéficie-t-il de cette fameuse « loi du retour » ? Question légitime s'il en est d'autant plus que lorsqu'on remarque que les jeunes qui ont été condamnés en novembre dernier pour appartenance à un groupuscule néo-nazi, étaient tous originaires de l'ex-Union soviétique, lorsqu'on s'aperçoit que ceux qui tiennent des propos antisémites sont des caucasiens et non pas des Arabes israéliens, et enfin quand on s'aperçoit que les discours xénophobes et racistes de Lieberman sont soutenus par ces mêmes caucasiens, il y a lieu de se demander s'il n'est pas temps de voir les dirigeants israéliens se pencher sérieusement sur cet épineuse question et sur ce problème que posent beaucoup de russophones. Parce qu'en plus, le vivier des aspirants à l'immigration vers Israël est encore important dans les ex-Républiques soviétiques. Ils ne cherchent pas à aller vers ce pays par amour pour lui ni par « tradition biblique », encore moins pour être fidèle à des principes judaïques mais tout simplement pour des considérations purement économiques.

500.000 Juifs vivent aujourd'hui dans les différentes républiques baltiques. Beaucoup d'entre eux pourraient faire leur « alya » et gonfler les ranges des israéliens russophones. Et il est à parier qu'une bonne partie de ces nouveaux arrivants ne sera pas insensible aux discours de l'ancien videur de boîte de nuit. Ils arriveront avec des préjugés négatifs à l'égard des Arabes et alimenteront leurs « craintes » par les discours haineux des islamistes. Ne faudrait-il pas craindre dès à présent qu'Israël se transforme en pays replié sur lui-même et tenu par des xénophobes ? Je pense que la question mériterait d'être posée par les dirigeants politiques israéliens. Que peuvent-ils faire ? D'abord modifier une loi électorale, aujourd'hui dépassée qui permet à un courant représentant une forte minorité agissante de devenir un acteur incontournable dans la formation d'un gouvernement. Ensuite, se démarquer, de manière limpide, d'un discours qui est contraire aux valeurs fondamentales du sionisme et du judaïsme. Enfin, définir clairement ce qu'Israël doit être dans les trente ou quarante années à venir, une démocratie laïque ou un État théocratique et œuvrer pour réaliser cet objectif. Sans oublier naturellement la nécessaire réalisation d'une paix juste et équitable avec les Palestiniens laïques.

Ces point sont, me semblent-ils, autant de questions qui doivent être soulevées au sein de la société israélienne mais aussi débattues par les diasporas vivant à l'étranger. En tout état de cause, je pense profondément que le meilleur cadeau que pourraient faire les Israéliens au Hamas et à leurs supporters islamistes, serait de livrer Israël à Lieberman et à ses semblables.
Par mohamed sifaoui - Publié dans : mohamed-sifaoui
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