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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 13:51

Aujourd'hui, c'est un jour de deuil pour les démocrates algériens. Le monarque Abdelaziz Bouteflika, qui manie le populisme aussi bien qu'un islamiste maniant le poignard a su hypnotiser une partie d'un électorat ne possédant aucune culture politique, écarter les opposants les plus sérieux en verrouillant les champs politiques et médiatiques et surtout en allant vers toutes les compromissions avec les tenants de l'islam politique.

Bouteflika est devenu par là même, l'exterminateur de la démocratie en Algérie. Élève assidu d'une école autoritaire qui lui a appris à bafouer toutes les règles démocratiques, le président-roi a fait ce qu'ont réalisé avant lui la plupart de ses amis tiers-mondistes. Il sera, à partir de ce 9 avril, président à vie d'une Algérie meurtrie par les islamo-fascistes et les nationalistes corrompus. L'armée et ses puissants services de renseignements applaudissent en silence à cette mascarade électorale tout en prenant part activement à la réalisation de tous les vœux du monarque qu'elle a, elle-même fait roi dès 1999, avant de se voir neutraliser par un président qui voulait tous les pouvoirs, les pleins pouvoirs pour lui, pour les membres de sa tribu et pour ses amis. L'Algérie n'est plus d'ailleurs dirigée par un pouvoir militaire, mais s'est progressivement transformée en un État militaro-policier qui par plusieurs tours de passe-passe est arrivé à donner à une dictature le visage d'une démocratie.

Parce qu'attention, il paraît que quelques libertés existent encore. La presse peut critiquer le président à condition qu'elle ne soit pas trop méchante avec lui sinon l'ANEP, la régie publicitaire de l'État se chargera de couper les vivres aux plus virulents ; l'islamisme, lui, n'est plus dans l'opposition puisqu'il est devenu idéologie d'État ; le terrorisme continue de frapper, mais tant qu'il touchera les petits soldats et les policiers de la base, Al-Qaïda peut poursuivre ses actions sans risquer de faire face à une grande offensive antiterroriste ; les démocrates peuvent continuer de gesticuler puisque le pouvoir s'entête dans sa politique de diabolisation et de marginalisation en cherchant à les confiner en Kabylie pour mieux exacerber le régionalisme.  

Et malgré tout ça, certains de ceux qui trouvent un intérêt avec le système disent que les « choses se sont améliorées » sous Bouteflika. Il est vrai que l'Algérie a réussi à rembourser sa dette publique et que ses finances se portent très bien. Le nier serait de la malhonnêteté intellectuelle. Mais il faut en même temps rappeler quelques vérités. Si l'Algérie est un pays riche, grâce à des réserves de change qui feraient rougir les plus grandes puissances économiques, la répartition de cette richesse ne touche que la clientèle du régime. Les plus défavorisés continuent de l'être. Et les jeunes préfèrent tenter des traversées clandestines pour rejoindre l'Europe et mourir en mer que de demeurer dans un pays qu'il ne leur offre aucune perspective d'avenir. Les salaires sont bas, le taux de chômage est effrayant, l'inflation ne cesse d'accroître, mais tant que ces problèmes ne touchent pas le clan présidentiel, tout va bien !

D'ailleurs ceux qui défendent le mieux le pouvoir algérien sont souvent, ceux-là mêmes qui croient tellement dans son système de santé qu'ils viennent se soigner en Europe, ceux qui défendent le système éducatif sont ceux qui envoient leurs enfants étudier en Occident et ceux qui se disent fiers de l'économie algérienne sont ceux qui ne consomment que des produits étrangers. Même la télévision algérienne, ils la trouvent géniale puisqu'ils ne regardent que les chaînes étrangères. Tout va bien en Algérie quand on vit, une partie de l'année, à l'étranger ou lorsqu'on a les moyens d'y aller régulièrement et de profiter du système mafieux et corrompu qui gère le pays.

Mais de plus, si l'économie algérienne va bien, il faut dire Merci à Messieurs Gaz et Pétrole. Ce sont eux les véritables responsables de l'économie. D'ailleurs, c'est grâce aux richesses du sous-sol que l'Algérie est arrivée à régler ses dettes publiques. Et si des opérateurs économiques étrangers sont présents à Alger, c'est tout simplement parce qu'ils savent que les maîtres locaux, s'ils n'ont pas d'idées, ils ont du gaz et donc de l'argent à dépenser. Alors comme dit un vieux dicton algérien, ils s'intègrent dans une logique qui veut que « les intelligents continueront à vivre tant qu'il y aura des imbéciles ». Raison pour laquelle, les grandes démocraties se sont intelligemment gardées de formuler la moindre critique devant les manœuvres antidémocratiques de Bouteflika et les imbécilités de ce dernier. Ils savent que grâce à lui, certaines de leurs entreprises continueront certainement à vivre. Cela s'appelle de la realpolitik.  

Je pense que beaucoup d'Algériens sont d'accord avec ce que je formule là comme inquiétude à l'égard de mon pays d'origine vis à vis duquel je me considère de plus en plus éloigné. Ils diront probablement avec beaucoup de fatalisme « Allah Ghaleb ! », à traduire par « Dieu l'a voulu ». Oui Dieu, peut-être, mais alors Dieu s'appelle à partir d'aujourd'hui Abdelaziz Bouteflika et il a scellé la destinée de la démocratie.    

Par mohamed sifaoui - Publié dans : mohamed-sifaoui
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