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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 23:31

gueant_5.jpgClaude Guéant, petit préfet ayant, jusque-là, fait carrière dans l’ombre des ministres de l’Intérieur et sous les ors discrets de la République, se découvre, de nouveau, à quelques semaines d’une importante échéance électorale, l’âme d’un polémiste. Décidément, la sarkozie aura, en cinq ans, fait étalage de son éventail de médiocrité et de provocation. Des plus grands parmi lesquels on retrouve justement, outre le président, Claude Guéant, aux plus petits, les Hortefeux et autres Morano, en passant par les minuscules parangons d’une époque, dont Zemmour est une illustration médiatique, le mandat présidentiel qui est en train de s’achever aura été celui d’un courant politique ayant fait de la parole stigmatisante un crédo et de la blague graveleuse un art de vivre. Finalement, avec Sarkozy et ses émules toutes les « petites phrases », surtout les plus détestables, auront été possibles.

Cette posture, désormais très sarkozyste, qui permet de fustiger l’extrême droite et son idéologie nauséeuse tout en s’appropriant ses concepts, ses faux arguments et certaines de ses envolées lyriques rend pathétique ce parti présidentiel qui, pour faire face à une impopularité grandissante, tente de lorgner du côté des électeurs du Front National espérant ainsi chiper quelques voix à Marine Le Pen. Les sarkozystes n’hésitent plus à labourer sur le terrain du Front National et à curer les égouts de l’extrême droite.

Mais pour autant, cette explication n’est pas suffisante pour décoder la sortie, pour le moins inopportune du ministre français de l’Intérieur, qui décrète du haut de son perchoir, tel un oiseau de mauvaise augure, que les civilisations ne se valent guère et que la sienne serait presque de fait supérieure aux autres et notamment à celles qui bafouent des valeurs universelles qu’il s’évertue, pour l’occasion, de franciser de fait.

Inutile d’entretenir la polémique et d’accorder du crédit au polémiste. Guéant est devenu un coutumier du fait. Il convient d’analyser, avant toute chose, les raisons ayant incité ce monsieur, a priori « très convenable » aux yeux d’une certaine France, à oser une ineptie d’une autre époque. 

D’abord, quoi qu’on puisse en dire, Guéant n’est pas uniquement dans le petit calcul politicien. Je le crois sincère, car il appartient à cette frange française arrogante et antipathique, oublieuse de son passé récent et qui se voit supérieure, parce qu’il s’agit de Français ou parce que ce serait la France, à tous les autres peuples et à toutes les autres nations. Dans l’esprit du ministre, une civilisation s’évalue ou s’apprécie sur un court segment historique. Comment serait-il autrement puisque un simple regard sur la « civilisation française » durant le siècle écoulée, avec les critères de Guéant, ferait de la France, à certaines époques, une bien méprisable civilisation. Par conséquent, le porte-flingue de Sarkozy parle de la France d’aujourd’hui, celle de son patron. Mais là aussi, le ministre se trompe, car si la France de Sarkozy est certes supérieure à l’Iran d’Ahmadinejad en termes de respect des valeurs universelles, sa valeur absolue est, elle, en revanche en chute libre. Et si une agence de notation chargée de veiller au respect de ces mêmes valeurs universelles existait, la France aurait perdu son « triple A » depuis 2007, depuis le discours de Dakar ou depuis les saillies d’Hortefeux. La banalisation de la parole haineuse et l’obsession que font les sarkozystes de leurs compatriotes d’origine étrangère aura été à la fois une caractéristique majeure de ce piètre mandat présidentiel et l’un des traits saillants d’une France qui doute d’elle même et qui préfère mettre en scène des politiciens sans envergure et sans éthique cherchant à se faire réélire en semant les haines et les divisions de façon insidieuse et de manière pernicieuse.     

Ensuite, quoi qu’on puisse en dire, Guéant est l’interlocuteur privilégié de ces électeurs umpistes, catholiques conservateurs, genre vieille France, déçus par Nicolas Sarkozy, jugé trop impudique, quelque peu vulgaire, dénué de classicisme et, à leur goût, de savoir vivre. En définitive, ce président est lui-même victime de son idéologie, car indigne d’incarné la France pour certains Français, pas tout à fait Français pour d’autres et pas « très comme il faut » pour la droite conservatrice et aristocratique qu’il n’a cessé pourtant de flatter. De ce point de vue, Guéant devient le lieutenant idéal pour essayer de fixer les électeurs traditionnels de la droite et, par la même occasion, pour tenter de séduire, pourquoi pas, quelques nostalgiques de Jeanne d’Arc, du général Bugeaud, voire des Croisés ou ceux de l’Armée impériale qui s’en allaient civiliser le monde.

Enfin, quoi qu’on puisse en dire, Guéant joue, tout comme ses acolytes de la droite, les cartes de la civilisation, de la race, des étrangers, de l’immigration, de l’islam ou de la délinquance, car le gouvernement auquel il appartient et le président dont il défend les intérêts et le bilan ont été incapables de répondre de façon efficiente aux défis lancés par les crises financières et économiques qui frappent la France et singulièrement les classes populaires et moyennes de plein fouet. C’est un gouvernement en somme qui essaye, de façon très maladroite, de dissimuler ses échecs.

C’est un classique… Pour cette « civilisation française » dans laquelle se reconnaît Claude Guéant, l’Autre est toujours responsable des malheurs de la France. Le déclin économique est ainsi relativisé. Si les « serviteurs de la République » matraquent que, malgré tout, la France appartient à une « civilisation supérieure », les chômeurs, les sans-abris, les bénéficiaires des minimas sociaux et les démunis, catégories qui ne cessent d’accroître, peuvent dormir tranquillement dans ce froid sibérien. Quand la France régresse, quand la France échoue, quand la France va mal, il faut s’inventer un « bouc émissaire ». Quand la France trébuche, c’est toujours la faute à ceux qui lapident. C’est connu depuis le temps où l’armée du roi ou celle de l’empereur, pour mieux tromper les gueux, allait civiliser de lointaines contrées pour remplir les caisses d’un État qui a souvent vécu au dessus de ses moyens et parfois sur son seul prestige.

Le ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy aurait été mieux inspiré de revenir à l’histoire de France et de revisiter les classiques de Fernand Braudel ou ceux de Raymond Aron pour ne citer qu’eux. Il comprendrait peut-être que l’utilisation du terme « civilisation », certes très à la mode au temps des Lumières, mais guère plus tard, doit obéir à certaines règles qu’il serait trop long d’exposer ici. Mais en résumé, il s’apercevrait qu’une civilisation (y compris celle faisant partie des plus grandes) appréciée à travers le prisme de ce que peut présenter sa marge, un seul contexte historique, sociologique ou politique ferait, par exemple, de la France une bien triste civilisation. Naturellement lorsqu’on est attaché aux principes universels et lorsqu’on sait ce qui fonde les valeurs de la République française, on s’empêche par fidélité à ces mêmes principes de faire ce genre de raccourcis. Ce n’est évidemment pas le cas de Guéant et des serviteurs du sarkozysme.

Il est vraiment temps de refermer les égouts…

Par mohamed sifaoui - Publié dans : mohamed-sifaoui
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