Partager l'article ! Le colonel du DRS, Mohamed Chafik Mesbah, intellectuel organique, savant autoproclamé et apologue d’un régime autocratique.: Je lis de te ...
Le Blog de Mohamed Sifaoui






Je lis
de temps à autre sur les colonnes de journaux algériens les proses du colonel Mohamed Chafik Mesbah. Il s’agit de ce « savant » qui se présente comme un « retraité » des
services de renseignement, très prompt à intervenir dans le débat public sous l’étiquette de Certes j’ai servi pendant plus de vingt ans la police politique de la dictature, certes j’ai servi
des tyrans, une Sécurité militaire hostile au projet démocratique, mais au fond, je vous rassure, j’ai toujours été un grand démocrate !
Le « savant », comme tous les « savants » qui ne se respectent pas, écrit pour lui-même, pour quelques initiés du sérail, mais surtout pour les observateurs étrangers. Il est devenu en quelques années une « voix autorisée » à travers laquelle le DRS et singulièrement son patron, le général Mohamed Mediène, passent leurs messages.
Usant et abusant à la fois de formules alambiquées et de tournures prétendument « savantes », convoquant tantôt les penseurs (les vrais) tantôt les héros de la révolution, ses contributions ont tendance à raconter une Algérie qui n’existe ni dans la réalité ni même dans la fiction, mais qui figure, bel et bien, dans l’esprit de ces commissaires politiques qui veulent, depuis un demi siècle, nous faire passer des vautours pour des colombes et de grands dictateurs pour d’illustres progressistes.
Dans une récente sortie sur les colonnes du quotidien El Watan, le bonhomme, toujours aussi mal inspiré, mais alimenté par cette volonté de pérenniser un système nauséeux, a cru qu’il serait opportun de rendre hommage à Houari Boumediène, cet autocrate, spécialiste en coups d’État, en liquidation d’opposants et ami de la barbouzerie mondiale qui, avec Ahmed Ben Bella, a fait prendre à l’Algérie, au lendemain de l’indépendance, ce mauvais départ aux conséquences toujours visibles à ce jour. Sous la plume de Mesbah, l’adepte du pouvoir absolu qu’est Boumediène devient presque un grand démocrate ou plus précisément un démocrate que seule la mort a empêché d’en être un !
Le « savant », tout en affichant, à l’égard du peuple, ce mépris qu’on enseigne, assurément, dans les écoles de la Sécurité militaire est allé jusqu’à clamer que « Rien ne sert d’imposer aux peuples le bonheur malgré eux. Il suffit de les laisser exprimer, librement, leur choix. »
Mesbah a oublié une chose fondamentale ou alors lui, l’érudit, semble avoir mis sous le boisseau ses classiques et notamment ceux où Hannah Arendt rappelle l’endoctrinement des masses par ces régimes totalitaires (les dictateurs emploient les mêmes techniques) qui savent transformer des assassins en héros, des traîtres en loyaux, des médiocres en « savants », des très petits en très grands, des voleurs en honnêtes hommes, des personnages serviles en intellectuels intègres, etc. Et inversement. Il a préféré s’approprier l’une de ces formules détestables qui tentent de nous expliquer, en substance, qu’en définitive, les peuples n’ont que les malheurs qu’ils méritent. Mesbah oublie cependant de préciser que les Algériens, ce peuple qui a tant souffert sous le colonialisme français et sous celui de ses patrons, a eu, tout simplement les dirigeants qu’il ne méritait pas d’avoir. Il a oublié, en bon intellectuel organique, de condamner ces décideurs qui ont asservi l’Algérie au lieu de la servir.
Mohamed Chafik Mesbah laisse ainsi entendre, après l’avoir enseigné dans l’école de la Sécurité militaire, par lui créée, à travers cette phrase à priori anodine, au mieux que le peuple algérien serait masochiste, au pire qu’il serait inapte à la démocratie et donc, au bonheur. Le colonel, prétendument « retraité », oublie que ce peuple, endoctriné à travers l’action assurée par les services auxquels il n’a jamais cessé d’appartenir, ce peuple soumis à la propagande panarabisante de son idole Boumediène à travers son autre idole Ahmed Taleb el-Ibrahimi, ces Algériens qu’on veut abrutir aujourd’hui via l’école du non moins abruti, ministre de l’Éducation, Aboubakr Benbouzid, recruté par le DRS lorsqu’il était vice-recteur de l’université de Blida et depuis protégé par son général de patron Mohamed Mediène, cette jeunesse, dis-je, qu’on a empoisonné à coups de bigoterie et de déculturation veut non seulement son propre bonheur, mais celui de l’Algérie, contrairement aux maîtres de Mesbah qui, au sein de cette police politique, continuent de se jouer d’un pays transformé en dépotoir.
« Dès son accession aux fonctions de chef de l’Etat, le 19 juin 1965, Boumediene, en choisissant le docteur Ahmed Taleb Ibrahimi comme ministre de l’Education nationale, a fait le choix stratégique de privilégier l’Islam des Ulémas, « l’islam des lumières » pourrions-nous dire, contre celui des confréries, jugé facteur de régression et qu’il s’est efforcé de réduire ». Cette phrase du « savant » montre également sinon sa méconnaissance totale de l’histoire de son pays, sa volonté d’enjoliver la réalité quitte à la travestir. Primo, depuis quand les Ulémas algériens sont-ils des adeptes de l’«islam des Lumières » ? Mesbah le falsificateur a oublié, consciemment, de mentionner trois points essentiels. Les Ulémas étaient des assimilationnistes et non pas des indépendantistes contrairement aux Confréries soufies qui, elles, ont enfanté Abdelkader, El-Mokrani et El-Haddad. D’autre part, les Ibn Badis et autres cheïkh Al-Ibrahimi s’inspiraient directement des Frères musulmans, cette école de pensée fondée en Égypte, en 1928, par Hassan al-Banna. En d’autres termes, ceux qu’il décrit comme des représentants de l’« islam des Lumières » n’étaient rien d’autre que des partisans d’un obscurantisme crasse dont s’inspireront d’ailleurs plus tard certains des cadres du Front Islamique du Salut (FIS) et notamment ces fameux djazaaristes auxquels il rend indirectement hommage, comme si des tueurs tels Madani Mezrag et Mohamed Saïd ou un hurluberlu intégriste tel Anouar Haddam pouvaient être décrits comme des partisans d’un « islam des Lumières ». Enfin, ce que Mesbah, qui n’est pas un chantre de l’honnêteté intellectuelle, oublie aussi de mentionner, c’est l’appartenance de son propre père à cette fameuse confrérie des Ulémas. Comment pouvait-il faire autrement ? Lui qui a une très haute opinion de lui-même, ne pouvait que se vivre tel un descendant direct de l’« islam des Lumières ». Il est à l’image de certains de ses patrons : adepte d’un islam qui tolèrerait l’affairisme, le clientélisme et les passe-droits.
À l’heure de la « Réconciliation nationale » qui a réhabilité des assassins, mesure décidée par ses chefs, et au moment où Bouteflika et le DRS s’apprêtent à livrer le pays à l’intégrisme (prétendument soft), il était normal que le « savant » vienne expliquer au royaume des aveugles que les djazaaristes seraient finalement des personnages fréquentables.
La dernière supercherie Mesbahienne réside enfin dans cet ultime mensonge : « Le souci de l’unité nationale l’habitait [Houari Boumediène] au point qu’il avait instruit les services de la présidence de la République de ne pas divulguer dans les biographies des responsables publics nommés leur lieu de naissance ». La Kabylie et ses enfants, présentés, à tort, depuis l’époque Ben Bella/Boumediène à ce jour, comme séditieuse, antinationale, antimusulmane apprécieront ce mensonge grossier, cette diffamation à l’égard de l’histoire, cette manipulation de la vérité. Boumediène qui interdisait aux habitants de plusieurs régions de l’Algérie de parler leur langue et leur dialecte, Boumediène qui niait des pans entiers de l’identité algérienne, Boumediène qui a privé toute une région, la Kabylie, de l’un de ses héros, Amirouche en l’occurrence, dont le cadavre a été dissimulé honteusement sous la brigade de gendarmerie du colonel Bencherif, Boumediène qui réprimait dans le sang les militants berbéristes, Boumediène enfin qui exacerbait le régionalisme est transformé sous la plume du « savant » organique en un dirigeant ayant le « souci de l’unité nationale ». Foutaise !
Dans vingt ans, Mesbah nous expliquera probablement que Bouteflika était un grand démocrate et que Mohamed Mediène un chantre des principes universels. L’histoire retiendra par contre que Mohamed Chafik Mesbah était un apologue, es-qualité, en service et au service des régimes ayant détruit l’Algérie.
En tout état de cause, je reviendrai longuement dans mon livre Histoire de l’Algérie indépendante : L’État-DRS sur le parcours, le profil et les missions de ce personnage qui ne cesse de tromper l’opinion publique.
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